Ça pourrait vous intéresser
Des analyses
Ces analyses pourraient retenir votre attention
Rechercher une entreprise
Quel pays ?
Pour un Français de métropole, la canne à sucre évoque souvent des images aussi dépaysantes que plaisantes. Le rhum qui en est issu, le soleil tropical sous lequel elle croît... font d'elle une plante exotique typique des départements ultramarins. Mais la canne à sucre demeure surtout la première richesse agricole des Antilles françaises et de la Réunion.
La canne à sucre, plante tropicale par excellence, exige pour se développer humidité et ensoleillement importants, tandis que le froid lui est rédhibitoire. Son aire de répartition culturale s'en trouve naturellement limitée aux régions situées de part et d'autre, et à distance raisonnable, de l'équateur. Les grands producteurs mondiaux sont ainsi tous campés, au moins partiellement, dans la zone intertropicale.
Le Brésil et l'Inde dominent nettement la production, essentiellement parce qu'ils disposent d'immenses espaces dédiés à cette culture.
A contrario, la France ne peut guère compter que sur ses DOM et leurs terres arables peu étendues pour cultiver la canne à sucre. La canne à sucre guyanaise, sur le seul DOM grand par la taille, se heurte à l'emprise de la forêt et souvent à des sols pauvres associés au socle rocheux constituant 95 % du territoire. Le manque d'espace est ainsi l'incontournable facteur limitant du développement de cette culture en France.
Malgré les efforts déployés depuis plusieurs décennies vers une diversification des cultures, la canne à sucre reste la première production agricole de la Guadeloupe et de la Réunion, la deuxième de Martinique.
On l'y cultive surtout pour le sucre en Guadeloupe et à la Réunion, alors qu'en Martinique le rhum domine très nettement les productions issues de la plante.
En moyenne, la surface agricole occupée par les champs de canne sur les trois îles représente 40 % des terres arables totales, mais avec de fortes disparités.
Les exploitations cannières de la Réunion couvrent par exemple, en valeur relative, quatre fois plus de surface que celles de Martinique.
Si l'économie agricole de cette dernière, plus diversifiée, est dominée par la banane, la Réunion tire la majorité de ses recettes à l'exportation de la canne à sucre.
L'une des devises des Guadeloupéens, "la canne c'est notre sidérurgie" évoque quant à elle assez bien l'importance de cette plante dans l'économie de l'île antillaise.
L'écrasante prévalence du sucre et du rhum parmi les productions générées par cette culture ne doit pas occulter l'étonnante diversité d'usages auxquels peut se prêter la canne à sucre :
Parmi les deux produits principaux générés par la culture de la canne à sucre dans les DOM, le rhum donne lieu à divers modes de production. La principale distinction se fait entre le rhum agricole, préparé à partir du jus de canne, ou vesou, et le rhum industriel, dit de sucrerie, lequel, comme son nom l'indique, provient d'un sous-produit de l'industrie sucrière. C'est souvent du rhum agricole que les DOM tirent leurs spiritueux de qualité, notamment l'AOC produite en Martinique.
Paradoxalement, le principal concurrent de la canne à sucre ultramarine est une spécialité bien française, mais cette fois métropolitaine : la betterave à sucre.
C'est grâce à cette plante que la France se hisse parmi les dix plus gros producteurs mondiaux de sucre. Elle se situe tout simplement au premier rang mondial pour celui extrait de la betterave, ce qui laisse au sucre ultramarin la portion congrue (un peu plus de 5 % de la production française totale).
Que le Syndicat National des Fabricants de Sucre mentionne tout juste l'apport de la canne à sucre dans la production nationale est à ce titre très révélateur.
En outre, la libéralisation de l'OCM Sucre, dans le cadre d'une réforme de la PAC, a supprimé en 2017 les quotas du secteur, au risque de fragiliser les régions les moins compétitives, obligeant l'État français à trouver des parades.
Reste éventuellement le marché du rhum, sur lequel seule la Martinique réussit véritablement à tirer son épingle du jeu. Mais là aussi la part croissante des rhums étrangers dans la consommation française met à mal l'exception martiniquaise.
La culture de la canne à sucre est et restera une composante essentielle de l'économie des Antilles françaises et de la Réunion.
La stabilité de la surface agricole qui lui est accordée (40 000 ha en 2001 comme en 2017), l'importance des effectifs qui y travaillent à temps plein ainsi que celle des revenus qu'elle génère, témoignent de la volonté française de consolider le secteur coûte que coûte.
L'intervention de l'État français demeure la principale garantie de la pérennité de la culture de la canne à sucre. Même si la marge de manœuvre de la France est limitée par les règles du marché européen, les privilèges fiscaux et les subventions devraient permettre à ce domaine d'activité de se maintenir à moyen terme.
La collaboration des acteurs locaux et de la puissance publique devrait mettre l'accent sur la valorisation de certaines productions, notamment les rhums premium.
La réaffectation partielle des espaces culturaux dédiés au sucre, trop soumis à la concurrence, constitue aussi une piste à explorer. Le potentiel écologique de la canne à sucre, tant dans la production de biocarburant que dans la fourniture d'énergie renouvelable, encourage dans cette voie. Le secteur de la canne à sucre, pilier de l'économie agricole des départements d'outre-mer, restera quoiqu'il en soit tributaire des aides de la métropole.
Ces analyses pourraient retenir votre attention